15/02/2023
Ne jouons pas avec le feu.
« La paix ce n’est pas un vain mot, mais un comportement » disait Félix Houphouët Boigny. Cette vérité est renforcée et même confortée par les paroles suivantes qui doivent constamment résonner comme un leitmotiv dans les oreilles du cœur de chaque politique et guider sa démarche : la politique c’est l’art de gouverner la cité. Toutefois, cet art doit d’abord et avant tout être élégance cartésienne et comportementale. Ensuite, il doit non seulement être aisance alchimique dans l’esprit et la lettre, mais aussi et surtout compétence holistique dans la hauteur de la prise de décisions et dans la priorisation des actions.
Cela ne sous-entend-il pas une vision éclairée, une ambition affirmée ? Une vision à ne pas assombrir par le brouillard de la violence et une ambition à ne pas freiner par la confrontation fratricide. D’où qu’elle vienne, la violence ne saurait se justifier. D’autant plus que la paix est la charpente de la stabilité et l’oxygène de l’économie. Dans une démocratie de consensus, elle est la garantie de la concorde et l’assurance des investisseurs. N’est-ce pas cette paix et cette concorde adossées aux belles et alléchantes perspectives du gaz et du pétrole que ses voisins et beaucoup d’autres en Afrique lui envient ?
Mais pourquoi le politicien sénégalais qui n’affiche jamais une exemplarité dans son comportement se croit-il supérieur aux autres en termes de préséance et d’hiérarchie? Pourquoi se comporte-t-il comme si tout lui était dû, comme s’il n’avait que des droits et jamais des devoirs ? Pourquoi est-il si irrespectueux et si discourtois envers la cité alors qu’il peine à s’imposer un devoir de droiture et une position de rôle-modèle? Pourquoi le politicien est-il si inélégant dans son verbe et si piteux dans sa verve ? Pourquoi doit-il toujours être le principal instigateur-vecteur de violence dans son pays ? Pourquoi diable est-il toujours celui qui divise la famille nucléaire, professionnelle, religieuse et humaine ? Et pourquoi refuse-t-il d’être comptable de ses paroles incendiaires, de sa rhétorique guerrière, de ses actes inciviques, de son comportement anti constitutionnel et de sa posture anti républicaine?
Peut-il se réclamer des guides religieux et apôtres de la non-violence comme Cheikh Ahmadou Bamba, El Hadji Mawdo Malick Sy, El Hadji Ibrahima Niass, Seydina Limamou Laye, Cardinal Hyacinthe Thiandoum etc. alors que sa stratégie se résume à : c’est moi ou le chaos ? Mandela n’at-il pas fait 27 ans de prison avant de faire un seul et unique mandat (chose rarissime de nos jours) pour créer la nation arc-en-ciel de l’Afrique du Sud précédemment sous apartheid ? Qui sème le vent ne récolte-t-il pas la tempête ? Pourquoi doit-il être celui par qui les valeurs se dégradent, se désagrègent et se désintègrent ? Est-il si incapable de grandeur ? Pourquoi patauge-t-il plus facilement dans le bourbier de la bassesse qu’il ne s’élève dans les cimes de la noblesse ?
Le politicien sénégalais est friand de flatteries, de reconnaissance et d’applaudissements immérités. Il adore arriver en re**rd sans ne rien se reprocher et raffole de bain de foule. L’ancien dirigeant devenu nouvel opposant affiche trop hypocritement une pureté entachée de sa versatilité chronique. Il revendique trop bruyamment sa virginité reconstituée, nonobstant sa transhumance pour tantôt gouter aux prairies vertes, tantôt aux marigots bleus. L’on oublie trop souvent au Sénégal qu’en démocratie, la règle veut (et elle vaut pour tout le monde) que le camp vainqueur des élections gouverne et que le vaincu s’oppose dans le respect des institutions et de la constitution. Si cette règle était bien respectée, l’on passerait naturellement du pouvoir à l’opposition et sereinement de l’opposition au pouvoir. Cette règle est collectivement violée quand gouverner se résume principalement à la jouissance et quand s’opposer devient une tare et s’apparente plus à l’indigence. Elle tourne à l’anarchie lorsque les tenants du pouvoir et leurs alliés n’ont pas la grandeur de quitter leurs privilèges pour reprendre très courageusement leurs professions. Encore eût-il fallu en avoir. Tout le monde ne peut être président, ni ministre, ni directeur de société. Il faudrait savoir se satisfaire du rare privilège d’avoir été à de telles stations de responsabilité que seuls des nobles de cœur mériteraient d’occuper.
Il s’y ajoute que le politicien s’érige trop facilement en donneur de leçon. Oubliant sans doute qu’un contre-modèle ne saurait être un exemple à offrir. Qu’est-ce qu’un versatile politicien et chronique transhumant pourrait apprendre aux enfants, aux jeunes, à leurs familles et à leurs communautés ? Il ne peut être un modèle, un repère, une référence, une icône. Car il ne vit pas ce qu’il enseigne et n’enseigne pas ce qu’il vit. Le meilleur apprentissage n’est-il pas l’apprentissage par l’exemple ? Décidément, vanité des vanités tout est vanité !
Ne soyons donc pas des insensés. Soyons, au contraire, prévenants. N’attendons pas le jugement dernier. Il a lieu chaque jour.
Samuel SENE
[email protected]