09/12/2018
-Lenouvelliste-
Economie -
Entre 2000 et 2012, l’extrême pauvreté a perdu du terrain dans le pays, passant de 31% à 24% et le chômage a suivi la même trajectoire, partant de 27 % à 12 % entre 2001 et 2012, d’après les données d’enquête publiées par la Banque mondiale à la fin du mois de janvier 2018. Cette réduction de la pauvreté extrême s’est réalisée principalement au niveau de la région métropolitaine et les petites villes qui ont connu respectivement des baisses allant de 20% à 5% et de 21% à 12%.
Toutefois, la situation reste encore critique. Haïti demeure toujours le pays le plus pauvre dans la région Amérique latine et Caraïbes (LAC) avec 59% des Haïtiens vivant dans la pauvreté, et connait le taux de chômage plus élevé que la moyenne de la région, estimé à 6%. « Presque 6,3 millions d’Haïtiens ne peuvent pas satisfaire leurs besoins de base et 2,5 millions ne peuvent pas satisfaire leurs besoins en nourriture. Environ 695 000 pauvres vivent à Port-au-Prince, dont 16 % dans une extrême pauvreté. Dans les plus petites villes, il y a 1,4 million de résidents pauvres, dont 24 % dans une extrême pauvreté », souligne le rapport d’enquête de la Banque mondiale.
D’après les données de l’enquête de 2012, environ 40% de la main-d’œuvre urbaine n’avait pas d’emploi. Se basant sur le sous-emploi et le peu de productivité, la Banque mondiale a plus loin souligné dans le rapport une augmentation du nombre de chômeurs depuis 2007. « En 2012, huit travailleurs sur 10 dans le pays gagnaient moins que le salaire minimum national, en l’occurrence 250 gourdes par jour, soit environ 6 dollars américains, suivant le taux de change en vigueur à cette époque », soutient le rapport de l’enquête, soulignant que ce sont plutôt les zones rurales qui ont contribué à la baisse du taux de chômage.
« En 2012, la probabilité d’être employé dans les zones rurales était de presque 20 % plus élevée qu’en 2001. Tandis que la probabilité d’être employé dans les villes était entre 4 et 5 % plus basse qu’en 2001. Les chiffres de l’emploi rural en augmentation peuvent être expliqués par quelques phénomènes spécifiques relatifs aux groupes d’âges et au genre », précise le rapport.
Paradoxalement, de récents travaux utilisant des données de deux enquêtes de santé démographique (DHS) pour 2006 et 2012 indiquent, d’autre part, que le niveau de vie s’est amélioré dans la plupart des zones urbaines. Alors que la proportion des ménages ruraux qui était très pauvre n’a pas changé durant cette période. « Environ 80 % des ménages urbains ont déclaré être plus à l’aise financièrement », souligne le rapport. Les données d’enquêtes indiquent qu’à partir de 2012, plus de 35 % des ménages urbains et 20 % des ménages ruraux recevaient des fonds. Les transferts monétaires contribuent à plus de 24% au revenu total et sont plus élevés que les dons en nature (12,2 %).
En 2013, le nombre de résidents pauvres dans les villes a baissé, passant de 40% à 34% par rapport à l’année précédente. Toutefois, 22% des résidents pauvres en 2012 étaient dans la pauvreté en 2015. Sur le plan national, 44% des résidents pauvres en 2015 se trouvaient dans cette situation en 2012. « 40 % des personnes qui vivent dans les zones urbaines sont vulnérables à la pauvreté, un taux qui est plus élevé que ce qui est observé au niveau national: 28 % », révèle le rapport, précisant que cet élément factuel met en exergue les conditions fragiles dans lesquelles se trouvent ceux qui ont réussi à sortir de la pauvreté.
Dans le rapport, la Banque mondiale a mis l’accent sur les inégalités qui persistent dans le pays. Le coefficient Gini est resté constant à environ 0,6 entre 2001 et 2012; « Haïti reste le pays le plus inégal dans la région LAC et est l’un des plus inégaux au monde. 10 % de la population contrôlait presque 50 % des ressources du pays en 2012 », soutient le rapport, soulignant au niveau infranational une baisse des inégalités de 0,64 à 0,59 en milieu urbain entre 2002 et 2012. Durant la même période, une augmentation des inégalités de 0,49 à 0,56 a été constatée dans les zones rurales.
Notons que la Banque mondiale souligne dans le rapport que la pauvreté ne se définit pas seulement en termes monétaires. Le manque d’infrastructures peut représenter un obstacle majeur aux ménages urbains si ces derniers veulent échapper au piège de la pauvreté