20/09/2020
"Le silence pour les riches, le bruit pour les pauvres" titrait un récent débat sur France Culture. Le parallèle avec le monde du son est flagrant : voici que le marché de masse se retrouve inondé par une déferlante de solutions "tout en un" portée par toutes les grandes marques de la Hifi. Autant d'offres bon marché et a priori attractives, en sans fil et en streaming sur abonnement, qui n'offrent qu'une "pauvre soupe", en vérité, il faut bien le dire. Un son archi compressé y règne en maître, qui joue sur un artifice de notre oreille : la réalité d'un son raboté vers le bas, sourd, feutré et totalement dépourvu de profondeur est compensé par notre cerveau qui recrée une illusion de basse et nous fait "entendre" des notes fondamentales illusoires. A l'image de ce "triomphe de la vacuité" qui caractérise notre époque, comme le pointait Rogers Waters, en plein confinement. Car il s'agit bien de cela : un son "mis en boîte", flux continu qui sature l'oreille et recouvre un grand absent : le silence, qui est la respiration même de la musique. Rajoutons à cela que la multiplication d'enregistrements au Dynamic Range de 6, catastrophique, exclut tout repos, n'offre plus aucune trêve à l'oreille, interdit la moindre respiration mentale. Le classique et le Jazz restent encore quelque peu épargnés par cette tendance, avec des DR typiques de 9-10, où les écarts sont plus aérés et nous permettent encore de respirer, tout simplement, un tant soit peu, en musique.
"Parler" du silence semble en soi paradoxal... Comment peut-on dire l’indicible ? Qu’est-ce que le silence ? Est-il un vide ? Un "presque-rien" ? Une toile de fond ? Ou au contraire quelque chose qui nous permet de sonder les profondeurs de l’âme ?