14/06/2026
Yana Mbenda Edimo : l’intellectuelle qui veut réconcilier le Cameroun avec ses racines
Dans un Cameroun en quête de repères, où les débats sur l’identité, la gouvernance et le vivre-ensemble occupent une place centrale, certaines figures émergent avec une parole différente, plus profonde, plus enracinée. Parmi elles, Révérende Docteure Yana Mbenda Edimo s’impose comme une voix singulière.
Théologienne, auteure, penseuse et présidente de La Samaritaine, elle incarne une génération d’intellectuels africains qui refusent de penser l’avenir sans revisiter les fondements culturels, spirituels et communautaires de leurs sociétés.
Son engagement se situe à la croisée de la foi, de l’action sociale et de la réflexion politique.
Une pensée fondée sur les racines
Pour Yana Mbenda Edimo, la crise que traverse le Cameroun n’est pas uniquement politique ou économique. Elle est avant tout une crise de sens.
À travers ses prises de parole et ses écrits, elle défend une idée forte : le développement durable d’un peuple passe par la réappropriation de son identité.
Son ouvrage Rebâtir le Cameroun par nos racines : au-delà de la démocratie s’inscrit dans cette logique. Plus qu’un livre, il apparaît comme une interpellation collective.
Elle y pose une question essentielle : comment construire une nation forte en tournant le dos à son héritage ?
Dans sa lecture, les solutions importées, sans adaptation aux réalités locales, montrent leurs limites. La reconstruction nationale doit partir des communautés, des traditions, de la mémoire collective et des valeurs ancestrales.
Au-delà de la démocratie, une vision plus humaine
L’un des axes majeurs de sa pensée consiste à dépasser les cadres classiques de la démocratie moderne pour proposer une approche plus organique de la gouvernance.
Non pas rejeter la démocratie, mais l’humaniser.
Pour elle, gouverner ne devrait pas seulement être une question de pouvoir ou d’institutions, mais une responsabilité morale vis-à-vis de la communauté.
Cette vision remet au centre :
* le dialogue intergénérationnel,
* la justice sociale,
* la solidarité communautaire,
* et la responsabilité citoyenne.
Une approche qui interpelle dans un contexte où la confiance envers les institutions est souvent fragilisée.
La femme comme pilier de la reconstruction sociale
À la tête de La Samaritaine, Yana Mbenda Edimo mène un combat important : celui de la restauration de la femme.
Son organisation œuvre pour accompagner les femmes dans leurs blessures sociales, psychologiques et spirituelles, avec pour ambition de les repositionner comme actrices majeures du changement.
Sa conviction est claire : aucune société ne peut se reconstruire durablement sans ses femmes.
Dans un environnement africain où le leadership féminin gagne du terrain mais reste confronté à de nombreux obstacles, son discours se veut à la fois mobilisateur et transformateur.
Le numérique comme outil de participation citoyenne
Avec son initiative YANA, elle ouvre un autre chantier : celui de l’engagement numérique.
Dans un monde où la technologie redéfinit les interactions sociales et politiques, elle voit dans le digital une opportunité de rapprocher les citoyens des enjeux publics.
Informer, sensibiliser, mobiliser : pour elle, le numérique n’est pas seulement un espace de communication, mais un levier stratégique de transformation sociale.
Une pédagogie de l’engagement pour la jeunesse
Yana Mbenda Edimo accorde également une attention particulière à la jeunesse camerounaise.
Face au découragement, à la désillusion politique et au repli individuel, elle appelle à une rééducation citoyenne.
Son message à la jeunesse est constant : reprendre sa place dans la construction du pays.
Selon elle, cela passe par :
* la connaissance de son histoire,
* la compréhension de ses responsabilités,
* et l’engagement concret dans la vie communautaire.
Car pour elle, la jeunesse n’est pas l’avenir du Cameroun. Elle en est déjà le présent.
Une voix qui dérange, une voix qui construit
Le parcours de Yana Mbenda Edimo ne laisse pas indifférent. Son approche, parfois à contre-courant des modèles dominants, suscite débat, réflexion et intérêt.
Mais c’est précisément là que réside sa force : poser les questions que beaucoup évitent.
Quelle place pour les traditions dans la modernité ?
Peut-on bâtir une démocratie forte sans socle culturel solide ?
Comment restaurer le lien social dans une société fragmentée ?
Autant de questions qui font d’elle bien plus qu’une théologienne ou une auteure : une architecte de conscience, engagée dans la reconstruction intellectuelle, sociale et morale du Cameroun.
Et dans un monde où les repères vacillent, sa voix apparaît comme celle d’un rappel fondamental : pour savoir où aller, il faut d’abord savoir d’où l’on vient.