23/09/2026
Quand j'étais gamin dans le Borinage, le PS n'était pas un parti. C'était le paysage. Il y avait la mutuelle, le syndicat, la Maison du peuple, le bourgmestre qu'on saluait au marché. On naissait socialiste comme ailleurs on naît catholique : sans avoir rien demandé, et avec la même promesse de salut. Je l'ai cru longtemps. Pas par naïveté, par évidence. Dans une région que les charbonnages avaient abandonnée, le rouge était la seule couleur qui promettait encore quelque chose.
Puis j'ai grandi, et j'ai lu ce qu'ils votaient. C'est une expérience que je déconseille aux croyants.
Depuis que l'Arizona limite le chômage dans le temps, le PS s'indigne, et il a raison. Mais rendons à César ce qui appartient à Elio. En 2012, le gouvernement Di Rupo renforce la dégressivité des allocations de chômage et limite les allocations d'insertion à trois ans. En janvier 2015, les premiers exclus tombent par milliers. Bart De Wever n'a rien inventé. Il a repris le brouillon d'un autre, ce qui, pour un nationaliste flamand, relève d'une touchante solidarité interrégionale.
On objectera que Di Rupo fut le seul Premier ministre socialiste depuis 1974. C'est exact. Le PS a peu dirigé, il s'est contenté de gouverner. De 1988 à 2014, puis de 2020 à 2025, il siège au Conseil des ministres, comme ces invités qui ne choisissent jamais le menu mais finissent toujours les plats.
En 1993, le Plan global serre la ceinture des autres pour entrer dans l'euro. On vend la CGER, on privatise le Crédit communal, qui devient Dexia. En 2008, l'État ramasse les jetons. On privatise les profits, on communalise les pertes. Di Rupo, vice-Premier chargé des entreprises publiques, ouvre le capital de Belgacom et fait entrer Swissair dans Sabena. Six ans plus t**d, Sabena fait faillite. Le PS avait une vision à long terme : il avait prévu la fin.
C'est l'époque où toute la social-démocratie européenne découvre la troisième voie, Blair et Schröder en tête. Le PS, lui, a la pudeur de ne pas l'avouer. Il parle Jaurès et gouverne Delors.
Puis vient le mariage. En 1999, le PS épouse les libéraux : arc-en-ciel au fédéral et en Wallonie, puis la violette de 2003, rouge et bleu sans même un écologiste comme témoin. La réforme Reynders baisse l'impôt des hauts revenus, on théorise l'État social actif, cette idée selon laquelle le chômeur est un entrepreneur qui s'ignore. En 2005, les intérêts notionnels, cadeau fiscal aux entreprises, passent avec les voix socialistes. Le Pacte des générations rabote les prépensions au point que la FGTB part en grève générale contre le gouvernement de son parti frère. Le couple se reforme sous Di Rupo en 2011, en Wallonie en 2019, dans la Vivaldi en 2020. Ce n'est plus un mariage de raison, c'est un vieux ménage qui fait toujours chambre commune.
Le PS répond qu'il était minoritaire, avec la mine du passager qui n'a pas conduit mais tenait la carte. Minoritaire, peut-être. Impuissant, non. Au Conseil des ministres, on décide par consensus, et un seul non suffit. Pendant trente ans, ce non n'est jamais venu. Le PS a le veto pudique.
Arrive Paul Magnette, à la présidence du parti en 2019. Professeur de science politique, donc spécialiste de l'écart entre ce qu'on promet et ce qu'on fait. En 2016, il bloque le CETA, fait trembler Ottawa quelques jours, puis signe après une déclaration interprétative. En 2022, il publie "La vie large", manifeste écosocialiste. Beau titre. Certains l'appliquaient déjà : à Charleroi en 2005, chez Publifin en 2017, au Samusocial la même année, où l'argent des sans-abri rémunérait aussi des administrateurs. Le socialisme, c'est le partage. Personne n'avait précisé avec qui.
Le PS n'est d'ailleurs pas un parti, c'est un écosystème. FGTB, Solidaris, logement social, intercommunales : on peut y naître, y cotiser, y être logé, soigné, puis enterré par une mutuelle amie. Ce réseau l'a tenu debout quand son cousin français s'effondrait. Les idées étaient parties, la tuyauterie tenait.
Jusqu'en 2024. Le MR devient premier parti de Wallonie, le PTB grignote les bastions, et les ouvriers de Charleroi et de Liège commettent l'irréparable : ils lisent le bilan au lieu du programme.
Et voici le miracle. Renvoyé dans l'opposition, le PS a retrouvé sa pureté. Il découvre que le MR est de droite, que l'austérité fait des pauvres et que les exclus du chômage ont un visage. Des révélations bouleversantes, pour un parti qui a signé la plupart des textes concernés. Il attend désormais son retour au pouvoir comme d'autres attendent l'absolution, avec une différence de taille : il n'a toujours rien confessé.
Ibne Muna