11/06/2026
« Ils sont avec nous, mais pas avec nous » : le malaise des « taupes » secoue le groupe parlementaire Pastef
La sortie du député Mayabé Mbaye révèle des tensions jusque-là peu visibles au sein du groupe parlementaire de Ousmane Sonko. Derrière l’image d’un bloc politique solide et discipliné, des fractures internes semblent apparaître.
« De 130 députés, Pastef compte désormais 119 parlementaires : les 11 taupes du groupe ont été identifiées. Ils ne s’impliquent pas dans la dynamique de notre groupe. Ils sont avec nous, mais ne sont pas avec nous », a déclaré le parlementaire, dans des propos qui traduisent une méfiance assumée à l’égard d’une partie des élus de la majorité.
L’accusation est lourde de sens. Elle ne vise pas seulement une divergence de vues, mais suggère l’existence d’un noyau de députés dont la loyauté politique est remise en question. Pour un parti qui a bâti son ascension sur la cohésion militante et la discipline organisationnelle, l’évocation publique de « taupes » constitue un signal fort.
Mayabé Mbaye se veut toutefois rassurant sur les conséquences de cette situation. Selon lui, aucune information sensible ne risque d’être compromise puisque les échanges internes concernent principalement le fonctionnement du groupe parlementaire. Mais le député reconnaît implicitement l’existence de fuites, expliquant que certaines discussions tenues en réunion se sont retrouvées dans la presse peu de temps après.
Cette révélation éclaire rétrospectivement la prudence souvent observée chez Ousmane Sonko lors de certaines rencontres stratégiques. « Beaucoup ne comprenaient pas cette prudence », souligne le député, avant d’affirmer que les divulgations dans les médias ont fini par convaincre les plus sceptiques.
Le paradoxe de cette affaire réside dans la position de ces élus. Ils appartiennent légalement au groupe parlementaire et continuent d’y siéger. « Ils sont là de droit et nous n’avons aucun problème particulier avec eux », reconnaît Mayabé Mbaye. Pourtant, leur identification marque une rupture de confiance qui pourrait peser sur les relations internes dans les mois à venir.
Au-delà du cas de ces onze députés, cette sortie publique met en lumière un défi classique des partis arrivés au pouvoir : préserver leur unité une fois confrontés aux réalités de l’exercice institutionnel. Plus une formation politique s’élargit et accueille des profils divers, plus les risques de divergences, de rivalités et de contestations internes augmentent.
La question demeure désormais entière : ces « 11 taupes » constituent-elles une minorité isolée ou les premiers signes d’un courant critique plus large au sein de la majorité parlementaire ? En choisissant de rendre publique leur existence, Pastef semble avoir opté pour la vigilance. Mais cette communication révèle également que la bataille pour la cohésion interne est loin d’être terminée.